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Intermittents: "le mouvement va continuer et s'amplifier"

A Marseille, comme ailleurs, les dernières déclarations de Manuel Valls ne convainquent pas. Les directives données aux directeurs de festival de ne pas annuler attisent les tensions. Chez les intermittents mobilisés depuis plusieurs semaines le sentiment d'avoir été trahi par un gouvernement, pour lequel ils ont voté dans une grande majorité, ne cesse de grandir.

Jeudi dernier, à dix neuf heures, Manuel Valls s'exprimait sur une chaine d'information privée à propos de la crise qui traverse le monde de la Culture. Paternaliste et provocatrice, son intervention n'a fait qu'attiser la colère. Le même jour, dans la Cité phocéenne, la soirée d'ouverture du Festival de Marseille n'a pas eu lieu. L'équipe technique était en grève.

La veille, sur la Canebière, cinq cent personnes portaient quarante cinq cercueils représentant une partie des 850 métiers recensés au sein des arts du spectacle. Sur le port, cinq sarcophages enflammés ont été jetés à la mer pour évoquer la menace qui pèse sur les festivals de la région. Le cortège funéraire s'est ensuite dirigé vers le palais du Pharo. L'entreprise Bouygues y tenait une convention. Les manifestants comptaient empêcher ce symbole du patronat de festoyer à l'heure où le Medef prévoit de faire des économies sur le dos des chômeurs, des intérimaires et des intermittents. La police est intervenue, comme à Paris, le même jour, à la Philarmonie ou à Montpellier, vendredi, pour évacuer la Direccte occupée par le Mouvement unitaire. En clôture de la manifestation du seize juin dernier, dans la capitale héraultaise, Eva Loyer, de la Cgt-spectacle, exhortait François Hollande à ne pas "devenir le président de la trahison". Quel autre mot employé pour définir un gouvernement élu par le peuple de gauche et qui use contre lui de la matraque et du mépris ?

"Les patrons veulent se gaver. Nous on lutte ! C'est notre condition sociale" clame, dans la matinée de jeudi, François Téjédor, secrétaire régional de la CGT-Cheminots, lors du rassemblement interprofessionnel organisé à la Gare St Charles de Marseille. Les intermittents en lutte y sont présents. Leur Assemblée Générale est prévue dans l'après-midi.

A quinze heures, les grévistes du Festival de Marseille peignent une banderole qu'ils placeront au plus haut du Silo. Une friche industrielle réhabilitée en salle de spectacle avec les deniers municipaux mais gérer par la Caisse d'épargne. La première du festival devait s'y dérouler. Pendant ce temps, non loin de là, dans le hall du Théâtre de la Joliette-Minoterie, les responsables syndicaux Cgt-spectacle, Sud-culture et CNT, préparent l'ordre du jour. En AG, une centaines de personnes mettent en place une caisse de solidarité et préparent les prochaines actions.

A dix huit heures, tous se retrouvent dans le hall et attendent la déclaration du premier ministre. De leur côté, Les grévistes, dont la banderole vient d'être arrachée par leur direction, n'ont pas eu l'autorisation de se réunir dans les lieux du festival. Ils investissent à huit clos  la grande scène du théâtre de la Joliette. Certains souhaitent user d'autres moyens d'action que la grève. La direction joue la division dans l'espoir d'assurer le maximum de représentations. Les cessations de travail seront votées quotidiennement par équipes, lieu par lieu et spectacle par spectacle.

Un peu plus tard, les salariés de "Plus belle la vie" se voient eux-aussi interdits de réunion dans leur locaux et se réunissent sur le parking devant les studios.

A vingt heures, au Silo, tout le monde est assommé. Manuel Valls vient d'annoncer qu'il persistait à vouloir agréer l'accord et prenait des mesures, qui financées par l’État, sont une sérieuse entorse à la solidarité interprofessionnelle. Christian Geschvindermann, responsable marseillais du synptac-CGT s'indigne : "C'est exactement ce dont rêvait le Medef et la Cfdt en 2003. Substituer l'Etat à l'Unedic. Il faut refuser d'agréer et renégocier. Le mouvement va continuer et s'amplifier."

Le lendemain, à la Maison de la région Paca, Christine Mirauchaux, conseillère régionale PS, adjointe à la culture, présente une nouvelle Application-Smartphone nommée "Terre de festivals". Une centaine d'intermittents sont présents. Elle précise que les élus PS se sont positionnés contre l'agrément dans une lettre adressée au gouvernement le douze juin. Danielle Stephan, comédienne et responsable du Syndicat français des artistes, l'interrompt : "Quelle est la position du Conseil Régional après les nouvelles déclarations de Manuel Valls ? Ceux qui nous ont soutenu avant le dix neuf juin doivent se repositionner."

Une AG s'improvise sur place. Les employés de "Plus belle la vie" annoncent leur intention de débrayer sur plusieurs jours. Tous décident ensuite de se rendre au Festival "Believe in Marseille" pour y sensibiliser salariés et public au nécessaire développement de la mobilisation.

Vendredi, à Avignon, les intermittents se mettaient en grève et proclamaient : "Non, on ne signe pas d’abord pour négocier ensuite. nous ne voulons pas d’un simulacre de dialogue social." Nationalement, La Cgt-spectacle appelle à une "grève massive" le 4 juillet et exhorte le gouvernement a proposer rapidement "un plan d'apaisement équilibré et durable qui prenne en compte nos propositions, (sinon) l'été ne se passera pas normalement !". Manuel Valls doit choisir : Qui profitera de la plus belle période estivale ? Les patrons du Medef ou la population amoureuse des festivals ?

 

Valls/Intermittents : le gouvernement ne doit pas agréer pas l’accord

La déclaration d’amour du Premier ministre à la culture sonne comme un aveu d’échec de la politique culturelle mené par le gouvernement. Ainsi il reconnait que l’accord sur l’assurance chômage imposé par le Medef ne règle en rien le régime des intermittents du spectacle et il annonce le maintien des crédits du spectacle vivant alors qu’ils ont été gravement laminés par la politique d’austérité qu’il persiste à poursuivre. 

Tout cela sent le désarroi et l’improvisation même si ces quelques reculs sont à mettre au crédit du combat admirable mené par les intermittents. Mais les propositions concrètes du gouvernement ne règlent rien : il persiste à vouloir agréer l’accord et les mesures annoncées et financées par l’Etat sont une sérieuse entorse à la solidarité interprofessionnelle. Les artistes et les techniciens du spectacle ne demandent pas l’aumône, ils veulent la reconnaissance par la nation de leur rôle social. 

Le Pcf et ses élus réitèrent leur volonté que le gouvernement n’agrée pas l’accord et que s’ouvrent de nouvelles négociations qui tiennent comptent des propositions du comité de suivi. M. le premier Ministre cessez d’opposer les français entre eux, ils ont tous des droits qu’il faut respecter.

Alain Hayot, délégué national du PCF à la culture

 

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