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Irak: les djihadistes imposent une nouvelle donne régionale

L’offensive menée par les combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), dans le nord du pays, pourrait avoir des répercussions régionales explosives. L’Irak est plus que jamais un baril de poudre au milieu des barils de pétrole du Moyen-Orient. Décryptage des enjeux.

En trois jours, les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont pris la deuxième ville d’Irak, Mossoul, sa province Ninive (nord), Tikrit et d’autres régions ou secteurs des provinces de Salaheddine, Diyala (est) et Kirkouk (nord). Alors que les chefs de l’EIIL appellent leurs troupes à se diriger vers Bagdad, le pouvoir central irakien, affaibli dans un premier temps, semble vouloir repasser à l’offensive et, avec le soutien de tribus, a repris des positions non loin de la capitale. Elles prépareraient par ailleurs une contre-offensive dans le nord et le centre du pays, et les autorités ont annoncé un plan de sécurité pour défendre Bagdad. Répondant à l’appel du grand ayatollah Ali Al Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, des milliers d’Irakiens se sont portés volontaires pour prendre les armes contre les insurgés.

1 un affrontement régional entre chiites et sunnites ?

Les deux branches majeures de l’islam n’ont jamais été totalement en paix. Le sunnisme est majoritaire, regroupant près de 85 % des musulmans, la division datant de la mort du prophète en 632 et de sa succession. Au XXe siècle, cet antagonisme a été renforcé notamment par la révolution chiite iranienne de 1979 et la montée en force du Hezbollah au Liban. L’Iran d’un côté, les monarchies (sunnites) du Golfe de l’autre : la bataille pour la prédominance régionale s’est aggravée après la chute de Saddam Hussein, en 2003, et s’inscrit dans le cadre de la dépendance énergétique des États-Unis et plus généralement des pays occidentaux. Les principales réserves pétrolières seront, dans quelques années, situées dans les sous-sols des pays à majorité chiite.

L’accélération de cette guerre chiites-sunnites prend sa source dans la situation en Syrie où les groupes islamistes, l’EIIL, mais aussi le Front al-Nosra, sont soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït pour faire tomber le régime syrien, à dominance alaouite (une branche du chiisme) et, surtout, allié de Téhéran. L’Arabie saoudite fait face aussi à une révolte chiite dans ses zones pétrolières. Elle est intervenue militairement au Bahreïn pour mater la révolte des chiites majoritaires. Enfin, en Irak, elle n’a eu de cesse de soutenir les groupes sunnites les plus violents. Cet affrontement est renforcé par l’attitude du premier ministre irakien, Nouri Al Maliki, qui, jusqu’ici, a marginalisé les sunnites.

2 Un axe Washington-Téhéran se dessine-t-il ?

Paradoxalement, l’invasion américano-britannique de l’Irak en 2003 a permis à Téhéran de renouer ses liens avec Bagdad et de retrouver une influence dans ce pays où les chiites sont majoritaires. Si, durant des années, les relations entre l’Iran et les États-Unis ont été particulièrement tendues, depuis quelques mois, coïncidant avec l’élection de Hassan Rohani à la présidence de la République islamique, les contacts se sont multipliés et des avancées ont été enregistrées sur le dossier nucléaire iranien, au grand dam de l’Arabie saoudite et d’Israël.

Concernant l’Irak, on assiste à un rapprochement des points de vue américain et iranien, leurs intérêts appelant, si ce n’est une coopération directe, un travail politique, voire militaire, allant dans le même sens (un porte-avions américain est dans le golfe Persique et les forces al-Qods iraniennes seraient déjà présentes en Irak). Le but étant d’éliminer l’EIIL en Irak, quitte à, un temps, mettre de côté les divergences sur la Syrie. Il ne faut donc pas s’attendre à un axe officiel Washington-Téhéran. Mais les nouveaux développements, la nécessité de contrer l’EIIL, les alliances informelles qui le permettront, auront très certainement d’importantes répercussions sur l’ensemble des dossiers régionaux.

3 Quel est le rôle 
des Kurdes ?

Le Kurdistan d’Irak, qui possède un statut autonome, en froid avec Bagdad, pourrait devenir l’élément essentiel pour contrer les islamistes tant sa force militaire, les peshmergas, est efficace. Pour la première fois, les peshmergas contrôlent la ville de Kirkouk, au statut disputé avec le pouvoir central. Cette position de force – si tant est que les Kurdes aident l’armée irakienne à prendre en étau les islamistes – aura des répercussions dans les négociations futures. Mais lorsqu’on parle du Kurdistan, on parle aussi des régions kurdes de Syrie, de Turquie et d’Iran. Selon nos informations, des armes saisies par l’EIIL à Mossoul ont déjà pris le chemin du Kurdistan syrien, d’où les islamistes envisagent une nouvelle offensive contre les Kurdes. Pour Ankara, qui tente de négocier la libération de ses ressortissants détenus par l’EIIL, il importe de donner des gages à tous les Kurdes sauf à ceux de la partie turque, où les affrontements se multiplient, notamment autour de Diyarbakir.

4 Quelles répercussions sur la situation en Syrie ?

En s’emparant de centaines de millions de dollars contenus dans les banques de Mossoul et d’armements modernes, l’EIIL pourrait parvenir à instaurer son califat sur une zone s’étendant de la Syrie à l’Irak. Inévitablement, le conflit prendrait une autre dimension et la réponse à apporter ne serait plus dans l’éviction de Bachar Al Assad. Ce dernier, au vu de la situation, a proposé une coordination avec l’Irak pour éradiquer l’EIIL mais n’a, semble-t-il, pas reçu de véritable réponse. Quoi qu’il en soit, l’opposition laïque ne pourrait alors plus se positionner de la même manière.

 

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