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"De l’eau et du gaz"

 

Des centaines de milliers de personnes risquent de se voir couper brutalement le gaz ou l’électricité. Un mot recouvre ce fait : précarité énergétique. À peine inventé, aussitôt banalisé ? Pas pour tout le monde : les intéressés au premier chef, mais aussi celles et ceux qui ont une tout autre idée de la vie en société à notre époque que les comptables et faiseurs de statistiques.

Une douceur printanière gagne le pays. Les rayons de soleil ravivent le moral. La mi-mars s’approche mais, pour beaucoup, elle est moins synonyme de changement de saison que de plongée dans l’angoisse. Avec elle finit la trêve hivernale. Les expulsions locatives vont reprendre. Grâce à une évolution de la loi, les plus fragiles parmi les plus touchés par les inégalités sociales ont été épargnés et ont pu continuer à se chauffer cet hiver. Aussi doux fût-il, cela était nécessaire. Seulement voilà, en la matière aussi, la trêve, nouvelle, va se clore.

Des centaines de milliers de personnes risquent de se voir couper brutalement le gaz ou l’électricité. Un mot recouvre ce fait : précarité énergétique. À peine inventé, aussitôt banalisé ? Pas pour tout le monde : les intéressés au premier chef, mais aussi celles et ceux qui ont une tout autre idée de la vie en société à notre époque que les comptables et faiseurs de statistiques. Au-delà de ces coupures, il est un iceberg dont elles constituent la pointe émergée : celui de la pauvreté de masse, provoquée par une explosion sans précédent des inégalités sociales. Que ce soit dans les 150 plus grandes villes de France ou dans les campagnes, périurbaines ou pas. Chômeurs dont le nombre explose lui aussi, ou précaires dont les contrats d’intérim ou à durée déterminée ne suffisent plus à faire bouillir ne serait-ce que la marmite. Femmes seules avec enfants ou jeunes de moins de trente ans…

Il se trouve des hommes et des femmes pour refuser cet état de fait. Certains, avec la fédération CGT de l’énergie, se revendiquent de Robin des Bois. D’autres, élus, et parmi eux le plus souvent communistes, prennent des arrêtés anti-expulsions, voire s’y opposent physiquement au besoin. Ils constatent que l’Europe telle qu’elle s’est bâtie, à coups de bélier contre les services publics et les droits sociaux, a contribué à la régression sociale en cours, alors qu’elle pourrait jouer un rôle de nivellement par le haut dans ces mêmes domaines. Résultat, les tarifs flambent, les profits des entreprises privatisées itou. Et la misère.

Cela aurait pu demeurer un simple fait-divers, voire rester inaperçu. La convocation au tribunal d’un salarié de Veolia qui, en son âme et conscience, avait refusé, pour sa part, d’opérer une coupure d’eau, rejoint par l’émoi qu’elle provoque ces ruisseaux de révolte dont les journaux, hormis celui-ci, ne font guère leur une. Signe des temps ? Une vaste enquête réalisée par France Télévisions et des sociologues et intitulée Génération quoi ?, recueillant des dizaines de milliers de réponses, indiquait, voilà quelques jours, que 93 % des jeunes actifs de dix-huit à trente ans estimaient qu’il y avait « trop de pauvres » en France ; 87 %, que l’argent occupait « une place trop importante dans notre société » ; et il s’en trouve encore une majorité, 56 %, pour penser qu’il y a « trop de riches ». Il est vrai que la fortune de ces 500 Français les plus riches a encore augmenté, d’un quart !, en 2013. On vous épargnera les centaines de milliards d’euros que cela représente : à ce niveau, le nombre de zéros frise autant le non-sens qu’il dégouline d’obscénité. Alors, ordre naturel ou injuste ? Immuable ou à transformer ? Retourner à Germinal ou considérer inaliénables les droits au logement, à l’eau, au logement, à l’énergie et à leur contrôle ? Le progrès réside-t-il dans l’austérité ou dans un autre usage de l’argent et du fruit du travail ? Des têtes aux urnes, en passant par la rue dès le 12 avril prochain, il y a du chemin à parcourir ensemble.

 

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