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Roger Martelli : "Face au 6 février 1934, un rassemblement populaire inédit"

 

Le 6 février 1934, face aux ligues factieuses, syndicats et partis de gauche répliquèrent dans l'unité. Dans un entretien, l'historien Roger Martelli compare les réponses de la gauche d’hier et d’aujourd’hui face aux manifestations des droites extrémistes.

 

Quelles sont, à l’époque, les réactions des différentes forces de gauche aux manifestations factieuses du 6 février 1934 ?

Roger Martelli. Il est notable qu’à cette période il y a une certaine accélération de l’histoire. Le 6 février 1934, la République est aux abois et la gauche est éclatée. Le 14 juillet 1935, des centaines de milliers de personnes sont dans les rues pour porter ce qui deviendra un an plus tard le Front populaire. Ce qui a rendu possible cette réalité, ce sont des choix politiques, des uns et des autres. Récusant sa stratégie dite de « classe contre classe », qui rejetait dans la même critique les partis de droite comme de gauche, le PCF met fin à cette politique sectaire et, se saisissant des évolutions internationales et de la situation politique en France, prône le rassemblement et l’ouverture. Démarche qui va se cristalliser avec le Front populaire. De son côté, le PS accompagne le mouvement, partagé entre le désir de ne pas se faire doubler sur sa gauche par le PCF et sa volonté de se raccrocher à ses pratiques anciennes de combinaisons parlementaires à gauche. Une sorte d’équilibrisme entre le Parti radical et le remuant PCF pour assurer son hégémonie. Ces choix politiques font que les événements, entre 1934 et 1935, débouchent sur un rassemblement populaire inédit.

Ce rassemblement va-t-il changer le cours de l’histoire ?

Roger Martelli. Oui, en mesurant aussi que l’aspiration à l’unité était une tradition dans le mouvement ouvrier 
et dans la gauche, que la volonté était forte de ne pas reproduire les terribles erreurs du mouvement ouvrier en Italie et en Allemagne. Mais aussi qu’à 
cette période, la gauche était encore bien à gauche et l’esprit révolutionnaire majoritaire au PCF ainsi qu’au PS. Autre élément, l’originalité 
de ce mouvement : il n’est pas la 
simple répétition des formes antérieures – combinaisons parlementaires 
et cartel des gauches. Il va au-delà des partis. Ce sont aussi des dizaines d’associations, de syndicats qui, 
le 14 juillet 1935, prononceront 
le serment du rassemblement populaire. C’est un authentique mouvement sociopolitique qui débouchera 
sur le Front populaire en 1936.

Un « 6 février 1934» est-il possible aujourd’hui ?

Roger Martelli. La période est inquiétante pas simplement du fait de l’occupation de la rue par les forces le plus conservatrices mais parce que c’est la conjonction entre une crise globale profonde et un paysage politique déséquilibré. À la différence de 1934, la gauche française est dominée non par un esprit révolutionnaire mais par un glissement du socialisme historique vers le social-libéralisme. Le glissement du PS ouvre un problème énorme, celui de la tentation du renoncement. Il faut changer de cap, créer une dynamique sans le fétichisme des formes anciennes. C’est un rassemblement sociopolitique associant des organisations sociales, syndicales, politiques qu’il faut créer.

 

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