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La Russie refuse son feu vert, l’Ukraine passe à l’orange

 

Après l’échec du sommet européen de Vilnius, torpillé par la Russie, des dizaines de milliers d’Ukrainiens ont appelé à la démission du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. Assiste-t-on à une nouvelle révolution orange dix ans plus tard ?

Hier, la place de l’Indépendance, dans le centre de Kiev, était noire de monde. L’opposition ukrainienne regroupant des partis favorables au partenariat UE-Ukraine a réussi son pari en mobilisant massivement ses partisans. Les chiffres avancés varient entre 70 000 et 100 000 manifestants. La veille, déjà, des dizaines de milliers de personnes avaient protesté contre la décision du président Viktor Ianoukovitch de ne pas signer cet accord d’association avec l’Union européenne.

L’Ukraine, qui revit ses plus grandes manifestations depuis la « révolution orange » de 2004, est-elle vouée au même scénario ? Sur place, la majorité de la population n’y croit guère. D’abord parce que le président ukrainien dispose d’une majorité au Parlement et d’un gouvernement qui le soutient. « Je suis surpris par les slogans qui ont immédiatement appelé à la démission de Ianoukovitch. Il a pourtant juste repoussé l’adhésion au partenariat. Il ne l’a même pas rejeté » souligne Jean Géronimo, expert des questions économiques et stratégiques russes à l’université Pierre-Mendès-France de Grenoble.

La position de Ianoukovitch : « de vraies montagnes russes »

En effet, une semaine après avoir suspendu la signature de l’accord d’association et de l’accord commercial avec l’UE, le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a affirmé, au terme du sommet de Vilnius, le 30 novembre, vouloir tout faire « pour accélérer le rapprochement de l’Ukraine et du bloc des Vingt-Huit », « dans un avenir proche ». Des déclarations, pour tenter de calmer les manifestations, qui ont rapidement pris de l’ampleur. « Car le comportement de Ianoukovitch exaspère une partie de la population. Même si ce dernier essaie de ne froisser ni la Russie ni l’UE, sa position de compromis n’est pas comprise et ressemble à de vraies montagnes russes », constate Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs.

L’Ukraine apparaît revivre ses divisions entre l’ouest du pays qui souhaite se tourner vers l’Union européenne et l’est, russophone, qui ne veut pas briser les liens avec le grand frère, la Russie. Une nouvelle fois le pays est victime des deux géants, l’Union européenne et la Russie, qui se livrent une bataille pour l’influence sur six pays de l’espace post-soviétique, faisant partie du programme de Partenariat oriental : Azerbaïdjan, Arménie, Biélorussie, Géorgie, Moldavie et Ukraine. « Aux yeux de la Russie, le projet européen de Partenariat oriental, lancé en 2009 à Prague, participe au même dessein que l’élargissement de l’Otan, c’est-à-dire l’isoler encore un peu plus », écrit le quotidien économique russe Kommersant.

Devant la volonté d’élargissement de l’UE, de plus en plus à l’est, Moscou a décidé de créer sa propre union douanière. « Ses ressources énergétiques et son marché lui permettent ecore d’influencer la vie politique dans un certain nombre d’anciennes républiques soviétiques. La Russie de Vladimir Poutine sait manier la carotte et le bâton pour ramener les récalcitrants à la raison », résume le quotidien Nezavissimaïa Gazeta.

L’Ukraine, au final, paie les mauvaises relations entre l’UE et la Russie qui sont au point mort et se résument aux liens économiques qu’entretient chaque État membre avec Moscou. « Car l’Europe cherche à surmonter sa crise intérieure et tente de construire de nouvelles relations avec les États-Unis. Et la Russie a décidé que les axes prioritaires de son développement politico-économique se tournaient vers l’Asie », conclut Fedor Loukianov.

L’Europe fustige l’Ukraine et la Russie « L’Union européenne condamne fermement l’usage excessif de la force la nuit dernière 
par la police de Kiev pour disperser 
des manifestants pacifiques », ont indiqué 
le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le commissaire à l’Élargissement 
de l’UE, Stefan Füle. Deux jours plus tôt, l’Union européenne avait dit qu’elle n’acceptait pas 
de « veto » de la Russie sur ses relations 
avec les ex-républiques soviétiques, alors que l’Ukraine avait renoncé à signer un accord avec elle sous la pression de Moscou. « Nous ne pouvons accepter de veto d’un autre pays », avait déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ajoutant 
que le temps de la « souveraineté limitée était révolu en Europe ». « Nous avons en ce moment un problème structurel : un rapprochement avec
l’Europe est en ce moment toujours compris en Russie comme un éloignement de la Russie (...). La guerre froide est finie », avait insisté de son côté la chancelière allemande, Angela Merkel.

 

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