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Lagarde, les pieds dans le Tapie

 

La directrice du FMI s’explique aujourd’hui devant la Cour de justice de la République sur l’arbitrage qui a octroyé 403 millions d’euros à Bernard Tapie dans l’affaire Adidas.

Face à la tranquillité affichée par ­Christine Lagarde avant d’être auditionnée à partir d’aujourd’hui, avec le risque d’une mise en examen, ­s’oppose le réquisitoire « sans pitié » de la Cour de justice de la République (CJR), selon le Canard enchaîné, qui en publie des extraits. « De l’ensemble de ces décisions systématiquement défavorables aux intérêts (…) de l’État résultent des indices graves et concordants faisant présumer que, sous l’apparente régularité d’une procédure d’arbitrage se dissimule en réalité une action concertée en vue d’octroyer aux époux Tapie (…) les sommes qu’ils n’avaient pu jusqu’alors obtenir (de la justice) », écrirait ainsi le procureur.

Elle est soupçonnée de « complicité de faux »

À l’issue de son audition, l’ancienne ministre de ­l’Économie de Nicolas Sarkozy
pourrait être mise en examen, ou seulement placée sous ­statut de témoin assisté. « C’est un non-événement. ­Depuis le 4 août 2011 (et le début de ­l’enquête pour complicité de faux et de détournement de fonds publics – NDLR), il était normal qu’elle soit ­entendue », tempère son avocat, Me Yves Repiquet. Bercy toutefois (lire ci-dessous) ­envisage pour la première fois de contester l’arbitrage rendu.

Ministre entre 2007 et 2011 et devant sa carrière politique à Nicolas Sarkozy, l’actuelle directrice du FMI est donc visée par une enquête pour complicité de faux et de détournement de fonds publics, qui a conduit à la perquisition de son domicile parisien le 20 mars dernier. En cause, sa décision, donnée par écrit en octobre 2007 à de hauts fonctionnaires, de recourir à un arbitrage pour apurer le litige judiciaire né de la ­revente en 1993, par le Crédit lyonnais, d’Adidas, contrôlé par ­Bernard Tapie. Ce dernier, visiteur régulier alors de l’ancien président, s’estimait lésé par la banque.

Elle affiche une sérénité de façade

La voie du tribunal arbitral, décision que revendique Christine Lagarde, est-elle une faveur accordée à l’ancien ministre de François Mitterrand, qui avait créé la surprise en soutenant Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007, et se soldant par 403 millions d’euros versés ? Le réquisitoire de la CJR semble en tout cas s’interroger sur le fait que l’ex-ministre Lagarde n’ait pas jugé bon d’intenter un recours contre la décision rendue, très favorable aux époux Tapie, bien que ses services l’aient alertée.

Christine Lagarde s’était montrée sereine mi-avril face à cette convocation devant la seule juridiction habilitée à juger d’anciens ministres pour des faits commis dans le cadre de leurs fonctions. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil », avait-elle fanfaronné lors d’une conférence de presse à Washington.

Elle risque une mise en examen

« Je serai très heureuse de me rendre quelques jours à ­Paris, mais ça ne changera rien à la concentration, l’attention, et l’enthousiasme que je porte à mon travail », avait-elle ajouté. Le conseil d’administration du FMI adopte la même attitude conciliante pour sa directrice, la jugeant apte à poursuivre son mandat même en cas de mise en examen, tant que la procédure ne démontre pas qu’elle en a tiré personnellement profit.

Un recours de Bercy ?
Le ministère de l’Économie n’exclut pas de revenir sur l’arbitrage rendu en 2008 en faveur de Bernard Tapie, et de déposer un recours en nullité contre l’arbitrage lui-même, « s’il s’avérait que les intérêts de l’État ont été lésés », selon Pierre Moscovici. Le ministre ajoute qu’aucune procédure ne viserait Christine Lagarde qui « conserve 
la confiance des autorités de l’État ». Ce qui est une manière 
de dédouaner l’ancienne occupante du ministère, et de faire 
porter le soupçon sur celui de l’Élysée d’alors, Nicolas Sarkozy.

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