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Résister dans l’enfer de Buchenwald Dernier convoi pour Buchenwald

 

Une fois ouvert, on ne quitte plus le livre ­Dernier Convoi pour Buchenwald. Dans un style ­remarquable de fluidité, Roger Martin nous fait revivre les heures noires de l’Occupation et celles indicibles du quotidien de Buchenwald.

Robert Danglars, jeune trotskiste courageux, diffuse des tracts aux travailleurs allemands en uniforme de la Wehrmacht afin de fraterniser. Son réseau est démantelé, lui est dénoncé par un Français. En prison, il est retourné et expédié à Buchenwald avec pour mission d’assassiner Marcel Paul, dirigeant communiste interné, afin de décapiter l’organisation de résistance du camp et d’annihiler des perspectives politiques futures, la libération approche… Grâce à cette intrigue passionnante, Roger Martin revisite l’histoire de la résistance en Bretagne – et quelle histoire ! – et celle méconnue des militants trotskistes. Un travail remarquable.

Le héros ressemble à si méprendre à David Rousset, fondateur du Parti ouvrier international, qui, par faiblesse d’analyse ou parce que sa haine de Staline l’aveugle, ne produit pas une réflexion politique approfondie de ce que représentent le nazisme et Hitler. Il considère que les travailleurs de tous les pays font partie d’une seule et même classe ouvrière et qu’ils ne doivent que s’unir pour mettre à bas l’exploitation.

Dans cette logique, les militants trotskistes sont appelés à faire de l’entrisme comme ils l’avaient fait dans la SFIO et la CGT. Ils choisissent alors le Rassemblement national populaire, parti de Marcel Déat, classé à gauche sur l’échiquier de la collaboration, dans une confusion idéologique totale.

Cette dérive politique connaîtra son paroxysme avec un article publié le 22 juin 1944 dans le journal clandestin la Vérité, organe central de la IVe Internationale, sous le titre « Ils se valent ». Il fait le parallèle entre Hitler et Eisenhower et lance : « Refuse de te faire mobiliser dans “l’armée de libération”, prépare-toi à un nouveau juin 1936, tu éliras ton comité d’usine, ton soviet, pour te libérer toi-même de ton esclavage de prolétaire. » Cet article figure à côté d’un autre indiquant : « Parlons amicalement aux soldats allemands. Diffusons parmi eux des paroles de fraternisation », sous le titre « Nos alliés ».

Le mérite de Dernier Convoi pour Buchenwald est aussi de faire vivre le camp, d’en décrire les affres, et surtout de montrer cette résistance organisée qui permettra aux martyrs de se rendre maîtres du camp avant même l’arrivée des Américains, en s’appuyant sur les Allemands internés, ces hommes reclus, depuis une décennie pour certains, qui résistent encore et toujours derrière les barbelés, organisant des répartitions alimentaires pour ceux qui peuvent être sauvés, chapardant des armes, mettant sur pied un comité international. Roger Martin rend justice à ces hommes, à leur lutte pour la dignité humaine menée jusque dans l’enfer.

Dans cet ouvrage, vous suivrez pas à pas les méandres suivis par Robert Danglars, ses atermoiements. Vous vibrerez à la destinée des personnages, étoufferez à la narration des convois et palpiterez à la vie du camp de Buchenwald. Après le Complot de l’ordre noir, et Dès lors ce fut le feu, parus également au Cherche-Midi, c’est à nouveau du grand Roger Martin.

 

Résister dans l’enfer de Buchenwald

Dernier convoi pour Buchenwald, de Roger Martin, 

19 euros.

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