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Ne pas tomber dans l’ornière du néocolonialisme

 

Ce pays et plus largement l’Afrique de l’Ouest vivent depuis des mois une tragédie. Plusieurs groupes politico-militaires, radicaux et fanatiques, parfois impliqués dans le trafic de la drogue et pratiquant la prise d’otages, ont l’ambition de mettre le Mali en coupe réglée, d’y instaurer une charia inhumaine avec, comme premières victimes, les femmes et le patrimoine culturel. En guerre contre les gouvernements élus et les populations, ils occupent le Nord du pays, installant de fait une partition de la République du Mali. Profitant des difficultés de mise en œuvre des résolutions de l’ONU, ces groupes ont lancé une offensive militaire en direction du Sud, conquis plusieurs villes jusqu’à menacer la capitale Bamako, que l’armée régulière malienne s’est avérée incapable de défendre. C’est l’avancée de ces groupes qui a conduit le Chef de l’Etat à répondre favorablement, dans l’urgence, à la demande d’intervention formulée par le Président de la République du Mali. Et s’il y a eu urgence, c’est pour une large part dû au fait que certaines puissances ont sciemment décidé de s’appuyer sur les groupes terroristes et d’empêcher l’application de la résolution dite 2085 du 20 décembre 2011 du Conseil de sécurité de l’ONU qui « autorise le déploiement d’une force internationale au Mali ».

Dans l’absolu, nous aurions évidemment préféré que la France dispose d’un mandat explicite de l’ONU et que dans ce cadre, une coalition internationale soit réunie. L’évolution dramatique de la situation sur le terrain ne l’a pas permis et nous mesurons à cette occasion que certaines non-interventions peuvent aboutir à laisser se développer de longues guerres contre la souveraineté des populations et les libertés. Les dangers sont considérables pour les otages, pour nos soldats. Les risques restent immenses mais ceux qui auraient découlé du succès de la percée des terroristes les surpassent tous. Cette opération militaire doit être la plus courte possible et il ne faudra pas tomber dans les ornières du néo-colonialisme. Il conviendra plutôt, sans attendre, d’agir dans une double direction : aider le pouvoir civil malien à obtenir un accord avec les forces politiques démocratiques pour engager à terme un processus électoral. La mise en œuvre d’un tel accord doit pouvoir se faire sous l’égide de l’ONU qui doit aider à constituer une force militaire régionale, contrôlée par l’Union africaine et les communautés économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest, afin de faire respecter les frontières du Mali et de réduire les groupes radicaux islamistes, dans toutes les régions.

Mais ceci n’aura aucun effet de long terme si la France et l’Union européenne ne s’engagent pas dans de nouveaux projets de co-développement durable pour tous les peuples, particulièrement pour assurer un nouvel avenir à la jeunesse africaine. Il y a urgence tant la situation de ces derniers mois a favorisé le déploiement des forces de déstabilisation guerrière ou terroristes au dépend de la stabilité, de la démocratie, de la souveraineté. Au-delà, on me permettra une courte réflexion qui mériterait développement. Pourquoi les autorités publiques internationales, européennes ou nationales attendent-elles le développement de guerres et de crises jusqu’à leur paroxysme pour agir ?

Ici par la voie militaire, là par des politiques qui font payer aux peuples une crise dont ils ne sont pas responsables, ailleurs, par la spéculation sur les aliments qui aggrave la famine, partout est entretenu le terreau sur lequel progressent les extrémismes dès lors que les peuples ne trouvent pas ou plus d’issue progressiste.

Patrick Le Hyaric est Directeur de l’Humanité et Député au Parlement européen

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