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Le long combat des verriers de Givors !

http://www.humanite.fr/social-eco/le-long-combat-des-verriers-de-givors-503580

Le 10 Septembre 2012

Le long combat des verriers de Givors

Laurent Gonon, docteur en gestion, bénévole de l’Association des anciens verriers.

Depuis trois ans, l’association des anciens de la verrerie VMC-BSN (groupe Danone) de Givors, dans le Rhône, fermée en 2003, a engagé le combat pour la reconnaissance des maladies professionnelles (1). Elle poursuit l’étude des relations entre les pathologies développées, les postes de travail occupés et les produits toxiques utilisés dans la production afin d’aider ses membres à faire reconnaître l’origine de leurs maladies.

Actuellement, la base de données connaît la situation de 197 anciens verriers: 80 sont décédés et 40 malades. Parmi eux, nous relevons 193 pathologies, un individu pouvant en développer plusieurs, essentiellement des cancers pouvant toucher poumons, foie, cœur, reins, cerveau, appareil digestif, ORL, yeux. Et, si la durée de vie moyenne des hommes en France est de 77,6 ans, parmi les verriers disparus 36% n’avaient pas 65 ans, et 71% l’étaient avant 77 ans. Les documents rassemblés permettent d’accompagner les victimes: demandes de dossiers médicaux à la médecine du travail, suivis post-professionnels, déclarations de maladies professionnelles, etc. Un plan positionne les postes sur la chaîne de fabrication et les produits utilisés sur des lieux précis, assurant une identification des expositions individuelles.

La particularité des produits classés CMR (cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction), c’est leur lente évolution. Le temps de latence peut être de plusieurs dizaines d’années, ce qui fait que les maladies se déclarent à l’âge de la retraite. Ces ouvriers ont été exposés à une multitude de produits (plomb, arsenic, chrome, hydrocarbures, etc.). L’association a rassemblé 54 fiches de sécurité, identifiant les produits et leurs risques.

Un travail qui infirme la déclaration faite aux victimes par le chef de service des suivis médicaux post-professionnels de l’assurance maladie, soutenant que «depuis longtemps on n’utilise plus de produits toxiques dans les verreries». Dans ce domaine, nous sommes face au déni. O-I Manufacturing, le repreneur de BSN-Glasspack – structure de liquidation mise en place par Danone pour se séparer de ses verreries – refuse de délivrer aux anciens les attestations d’exposition aux produits toxiques. La direction du travail couvre cette violation du droit et le médecin inspecteur intime l’ordre d’expurger les dossiers médicaux de la médecine du travail de tout ce qui se rapporte aux conditions de travail, aux expositions, aux produits toxiques utilisés. Ce qui empêche les victimes de faire le «lien direct et essentiel» entre le poste de travail, les produits utilisés et les pathologies développées, comme l’exige la Sécurité sociale pour reconnaître l’origine professionnelle des maladies. Méfions-nous du «secret professionnel» évoqué par tous ces acteurs, qui, au nom du «secret médical», vise à protéger les intérêts des industriels.

Ces produits toxiques, notamment liés aux hydrocarbures, restent bien présents dans la production, comme le montrent les trois études de fumées réalisées par des toxicologues à la demande des CHSCT des verreries O-I Manufacturing à Veauche (Haute-Loire) et Puy-Guillaume (Puy-de-Dôme). Elles révèlent que 60% des postes de travail sont exposés à des doses dépassant largement l’admissible, en période de production stabilisée. Après intervention de l’association et du représentant CGT au comité technique régional, la Carsat (ex-Cram) doit engager ce mois-ci une étude des risques dans une verrerie de Rhône-Alpes. Le 13 octobre, l’association organise à Grigny (Rhône) un colloque sur la reconnaissance des maladies professionnelles des verriers. Le combat se poursuit.

(1) Voir le site Internet www.verriers-givors.com et la Tribune publiée dans l’Humanité du 25 janvier 2011.

Laurent Gonon

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