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Le Premier Ministre s’affiche avec les patrons.

 

Jean-Marc Ayrault minimise l’événement, mais un Premier ministre de gauche qui ouvre l’université d’été du Medef, c’est une première !

S’afficher avec le patronat dans une ren­trée marquée par une hémorragie de licenciements ne passe pas inaperçu. Le premier ministre «(s)’étonne de l’étonnement» de certains, considérant sans doute que dialoguer avec les chefs d’entreprise fait partie des prérogatives «normales» de tout gouvernement. Certes. Mais rien n’est jamais totalement anodin en politi­que. Et la portée symbolique de ce choix tient aussi au fait qu’il n’est pas le seul représentant du gouvernement à fouler l’herbe du campus HEC de Jouy-en-Josas : une dizaine de ministres font le déplacement. «Je tiens le même discours pour les chefs d’entreprise que pour les salariés», se défend Jean-Marc Ayrault, manière de dire que la gauche au pouvoir ne varie pas de ses objectifs, que, dans le paquet fiscal de la rentrée, continue de figurer l’alourdissement de l’ISF, la fisca­lisation du capital au même niveau que le travail ou encore la taxation des hauts revenus supérieurs à 1 million d’euros à 75%, mesures combattues par le Medef.

Mais le message «de confiance» adressé par le Premier ministre aux patrons est, c’est le moins que l’on puisse dire, assez loin de la thématique de campagne si chère à François Hollande : «Mon adversaire, c’est la finance.» La finance… Ces banquiers, actionnaires, barons de l’indus­trie, qui continuent de s’enrichir pendant la crise et présentent la facture aux peu­ples ne deviendront pas raisonnables avec de vibrants appels à la responsabilité et au patriotisme économique. Pour montrer aux marchés financiers qu’ils n’ont pas tous les pouvoirs, il y a besoin de poser des actes, des lois, des obligations, des sanctions, qui permettent réellement d’af­fronter la finance, de lui enlever des parts de marché au profit du droit social, d’un autre partage des richesses, du bien com­mun, des services publics, de l’humain.

Laurence Parisot, elle, est loin, très loin de l’idée que le dialogue social pourrait générer des compromis qui améliorent le sort et les droits des salariés. La patronne des patrons se pose en championne de la négociation sociale mais menace de boy­cotter celle sur la sécurisation des par­cours professionnels si le gouvernement n’inscrit pas dans sa lettre de cadrage la garantie pour les entreprises d’une plus grande flexibilisation du travail. «Le gou­vernement va s’apercevoir qu’il ne pourra pas être d’accord avec tout le monde», a rétorqué Bernard Thibault. Le secrétaire général de la CGT a invité «à prendre la mesure de l’urgence et des attentes». Le patronat, lui, reste sur le même tempo, obnubilé par la baisse du coût du travail et la saignée dans les dépenses publiques. Ce faisant, Laurence Parisot a appelé à «signer des deux mains» le traité budgé­taire européen.

Dans son discours devant les patrons, Jean-Marc Ayrault a promis qu’il n’y aura pas de «hara-kiri» pour les entreprises. Pour l’heure, l’austérité adoptée en Europe comme «réponse» à la crise, c’est le hara-kiri des peuples. C’est la raison pour laquelle le nouveau traité européen provoque un sérieux débat à gauche, jus­que dans les rangs du PS